vendredi, septembre 29, 2006

« Quand nous serons tous coupables ce sera la démocratie »

La pensée binaire est l’apanage des forts quand le faible n’y est pas acculé par la force des choses : la puissance incontrôlée est un vecteur de réduction qui considère que tout ce qu’elle ne peut englober et contrôler est contre elle, et en premier lieu la différence. La position relative de puissance mène donc si l’on n’y prend garde à une vision manichéenne de son environnement, au mépris de la réalité complexe d’échanges qui nous échappent.

Au département francophone de Tarabya, il y a un grand buisson couvert de fleurs au parfum enivrant. Principalement deux espèces cohabitent en son sein: les abeilles et les guêpes. Or il arrive parfois qu’une guêpe et une abeille viennent à rouler au sol et s’affrontent dans une lutte presque jouée d’avance (la guêpe peut inoculer plusieurs doses de venin, tandis que le dard de l’abeille s’arrache quand cette dernière cherche à se désolidariser de sa cible).

Comme au spectacle, puisque nous sommes spectateurs de cette lutte à mort, notre sympathie se porte naturellement sur le plus faible des deux, aucun intérêt personnel n’étant directement en jeu.

Au moment de la mise à mort de l’abeille (bien qu’elle puisse parfois mordre mortellement), il est difficile de résister à l’envie de manifester sa présence et mettre fin brutalement au combat ; sans doute un souci d’abréger les souffrances de l’abeille qu’on a inconsciemment associé au « bon » parti et de montrer qu’il n’existe en ce monde aucune fatalité.

Or, ce faisant se détruit une relation entre deux protagonistes qui croyaient de manière instinctive en l’utilité de leur lutte, sans vision du bien ou du mal mais sans doute au contraire avec le respect de l’adversaire, de ses raisons d’être ou de disparaître.

Sans vouloir pousser trop loin la comparaison, les groupes de médias en ne reproduisant le débat politique que de manière partielle et en montrant le spectaculaire déforment l’« affrontement démocratique » légitime et nécessaire pour la survie de la société.
Une vision bipolarisée entre deux forces politiques majeures en résulte et nous en sommes les arbitres manipulés, le dernier recours, la force capable de renverser le jeu ou de le rééquilibrer.
Comme le citoyen romain livré aux plaisirs du jeu nous voulons du spectacle afin de mieux asseoir notre vision simplifiée d’une réalité complexe ; ainsi la peopolisation n’a-t-elle pas permis de perpétuer le système de l’arène ?

Qui ne ressent pas une certaine fierté à exprimer sa portion impérieuse de souveraineté ? Le bulletin a ainsi pris la place du pouce levé ou de la mise à mort. L’abstentionniste quant à lui se manifeste par sa non présence et se sent donc lui aussi tout-puissant, lorsque le système pleure sur la fuite de l’électeur.
Et l’élection présidentielle a perdu de sa dignité, devenant une scène pathétique des déséquilibres politiques, une sorte de prise en otage de l’Homme par le genre et une mise en scène d’intrigues présumées.

En me relisant je crois aboutir à une remise en cause de l’élection du président de la République au suffrage universel direct. Tel n’est pas mon intention puisque c’est, je pense, en bâillonnant l’expression du plus grand nombre qu’on produit un modèle politique paternaliste, ou l’esprit critique est plus vite abandonné à la raison d’Etat.

Et après tout dans l’arène l’avis du citoyen romain n’était que consultatif (et encore, si l’on se place dans la configuration du plébiscite car je suppose que personne n’était là pour compter les pouces…) ; cela empêchait-il vraiment la perversion du système ?

dimanche, septembre 24, 2006

avec vue sur le Bosphore


Bonjour à tous,

Voilà, comme vous l’aurez sans doute déjà compris, l’heure est grave.

Car voilà, pris dans l’élan blogilisateur j’avais en un temps lointain et rapproché promis le ravitaillement de cette adresse qui, force est de constater, dépérit.

Lointain et rapproché, je m’explique sur ce paradoxe qui n’est en réalité qu’apparent.
Certes mon premier message, publié une après-midi de septembre (la veille du lancement du blog de Lionel Jospin, coïncidence) n’a encore pas été altéré par le temps.

Que s’est-il donc passé depuis ? Car mes rêveries et mes papillonnages sont de l’ordre de la constante, que nous appellerons k (k compris entre 0 et 1, Ko n’est pas solution) ; il serait partiel de les tenir pour seuls responsables.

Néanmoins, l’eau a tout de même coulé sous les deux ponts du Bosphore et ma vie a très vite été confrontée à nombre de variables aléatoires, que nous nommerons vx.
Non négligeable fut mon départ de Göztepe Campüsü, une grappe de raisin à la main. De la vie réglée et paisible du microcosme je fus brusquement chassé et me retrouvai de nouveau livré à moi-même dans une ville de 17 millions d’âmes.
Mes pas m’ont finalement conduit à Tarabya, ou therapia pour ceux qui préfèrent. Profitons en si vous voulez bien pour faire un point sur le climat Stambouliote…

Après un mois de chaleurs éprouvantes la pluie est arrivée (les images sont fades quant il s’agit de capter le spectaculaire, et c’est bien pour ça que je n’aime pas les sondages…).

La propriétaire m’avait bien prévenu (en turc, j’espère donc ne pas avoir travesti ses propos) : la pluie, le vent et la neige qui caractérisent si bienl’hiver stambouliote
sont légèrement accentués par la proximité du Bosphore.
C’est d’ailleurs toujours rassurant quant on a le vis-à-vis qu’on a…

Enfin, refermons la parenthèse.

J’expliquai donc que j’étais arrivé à Tarabya, quittant les trois ordinateurs du local de Göztepe.
Je comptai bien sûr sur l’équipement de mon département en NTIC de pointe ; aussi quelle ne fut pas ma stupéfaction quand j’appris que jusqu’aux assistants du département avaient des difficultés à accéder à Internet et que l’outil de travail le plus approprié dans ces locaux donnés par le sultan à la France était la plume (J-P Sardin si tu me lis…).

J’en arrive à la dernière variable, v3 : la présence dans mes modestes bagages de 23 Kg de l’ouvrage du sociologue Pierre Abélès Un sociologue à l’Assemblée (l’occasion de faire un peu de publicité pour cet ouvrage qui nous fait réfléchir sur nos parlementaires et ceux qui gravitent autour d’eux, voire les aimer pour certains).

k inferieur k+v1+v2+v3 avec k compris entre 0 et 1 ; v1+v2+v3 superieur 1

Comme vous le constatez, en dépit de l´eloquence de ce résultat, une alternative a été trouvée au mutisme ; elle témoigne bien de ma frustration à ne pouvoir communiquer avec vous. Si vous aimez avoir des nouvelles d’Istanbul ou Constantinople, je vous enjoins à venir consulter cette adresse suivant une fréquence à peu près (şöyle böyle) hebdomadaire.

Bien à vous,

Renaud

lundi, septembre 04, 2006

"Faire de la Turquie un enfer"


Nouvelle bombe en Turquie, ça devient quotidien.
L'engin était dissimulé dans une poubelle. Ben voilà, et c'est pour ça qu'il n'y a plus aucune poubelle dans les rues d'Istanbul.

Bon, je pourrai vous faire un speech sur le PKK (la faune turque semble assez particulière en Turquie mais je n'ai encore vu ni "Loups gris" ni "Faucons de la liberté du kurdistant" TAK; pour me faire pardonner je vous envoie une photo de corbeau mutant) mais là j'ai besoin d'un sujet, terre-à-terre, matérialiste et de proximité !

Donc revenons à nos moutonsses.
A, poubelles disais-je donc : il n'y a pas de poubelles. C'est très gênant car les rues sont propres et on m'a toujours dit quand j'étais petit qu'il fallait mettre les déchets dans la poubelle pour respecter la collectivité.

Bon, ben prenez une canette de Fanta et flannez dans l'Istiqlal Caddesi. Quand elle est vide et que vous repassez pour la énième fois devant les étudiants brandissant des journaux "Comunix", vous vous sentez con, voire même frappé du le sceau de l'impérialisme américain.

Alors, après un temps bref et douloureux d'indécision, de réflexion intenses, de plans cérébraux en deux partie, vous finissez par poser cette maudite canette au coin d'une boutique, dans la rue (avec une certaine pointe d'appréhension : n'avez-vous pas bravé le conditionnement du Surmoi?).

Mais quand vous ressortez de la boutique (car vous y êtes entré pour mieux masquer cette manoeuvre difficile) : plus de canette (je précise qu'elle était vide).

Soulagement certes mais aussi incompréhension.

J'ai fini par comprendre, quelques semaines plus tard, en passant près du bazar couvert d'Eminönü : la rue se couvre peu à peu de déchets (placés discrétement, avec l'accord des commerçants, sous les étals).
Quand vient le soir, les rues sont sales et le nettoyage passe...

Voilà, c'est facile, surtout pour les turcs qui ont peu à peu réglé naturellement leur comportement sur certaines contraintes et parviennent en fin de compte à se passer de poubelles (même si le mieux serait sans doute de se passer d'attentats et que mes poubelles "CUB, ville propre" me manquent.).

samedi, septembre 02, 2006

Le Monde nous trompe

"La prison d'Abou Ghraib a été vidée et remise aux Irakiens" titre l'édition électronique du Monde que je commence à bien connaître.

Je tiens à démentir de telles informations. Rien n'est plus faux puisque nous n'évacuerons pas cet édifice avant une semaine jour pour jour ; c'est que nous commencons à nous y attacher.

En revanche, il est vrai que nous commencons à croiser la relève dans les couloirs dévastés par un mois d'occupation (les dortoirs ne sont pas mixtes mais nous profitons du "luxe" du dortoir des filles... qu'est-ce que ça doit être à côté ; à moins que?).

Dans une semaine donc le cessez-le-feu, fixé unilatéralement par les autorités compétentes à 12 heures PM, prendra fin. C'est que pour entrer il faut tout de même franchir une double zone tampon peuplée de policiers et que des gardes vadrouillent dans ce campus (dès qu'ils me voient faire mes circuits presque "nocturnes"-12h oblige- ils se mettent à me courser et moi je bafouille "euh, özür dilerim, Erasmus öğrenciğim"; mais je crois qu'ils commencent à connaître mes petites manies...).

Hier il y avait une soirée organisée par nos profs de turc (elles ont 29 ans, sont vraiment super sympas). Une des deux est fan de Paris et l'autre m'appelle son petit frère (je rappelle que la moyenne d'âge des élèves est de 24 ans)... je n'en dis pas plus sinon ma modestie va en prendre un coup (en tout cas elles m'ont certifié que si j'avais le moindre problème il fallait que je leur dise, qu'elles étaient prêtes à m'héberger).

Sinon il y avait la responsable du programme de l'EILC à la soirée chez Leïla (ma prof). J'ai vu un livre de photos d'Atatürk, elle a vu que je l'avais vu... Du coup elle a passé près d'une heure à me commenter les photos (le livre faisait 250 pages). J'avais des réminiscences du primaire en compagnie de cette personne super gentille qui me commentait une à une les photos. En tout cas j'ai appris tout plein de choses, j'espère vous les faire partager quand j'en aurai le courage (et des photos aussi, mais pas d'Atatürk cette fois... surprise!).